Kevin

Lynne Ramsay nous offre là un véritable film d'épouvante de par sa structure, et surtout de par son contenu. Quand vous en sortez, vous êtes sous le choc, du fait de la performance de Tilda Swinton, qui, entre nous, aurait largement mérité un prix d'interprétation à Cannes, et aussi du jeu de l'acteur du rôle principal, Ezra Miller, qui joue le rôle de Kevin adolescent.

Le scénario :

Difficile à résumer, car tout en flash-backs floutés qui expliquent la fin. C'est l'histoire d'un enfant, un petit monstre d'abord, tyrannique et cruel; puis de ce même enfant devenu adolescent, cynique, dangereux, méchant, pervers. Du berceau à son adolescence, le petit Kevin ne fait que contrarier sa mère, la blessant dans ce qu'elle a de plus cher. Nul ne s'inquiète, les médecins disent qu'il est normal, le père ne se formalise pas et le surprotège; seule Eva, la mère se rend compte du goufre qui la sépare de ce fils qu'elle ne reconnaît pas. Mais c'est aussi l'histoire d'une mère, (le film commence par la fin) rejetée par la société, jugée, qui paie les exactions qu'a commises son fils, à qui la société veut faire endosser une culpabilité. 

La réalisatrice pose d'emblée le malaise, la violence, la haine. Pourquoi Kevin est-il aussi haineux et dangereux ? Pourquoi Eva ne réussit-elle pas à nouer des liens avec son enfant ? Questions sans réponse évidemment, à chacun de se faire son idée. La mise en scène à base de répétitions de couleurs (le rouge sang), et la musique de Radiohead, entretiennent le malaise et l'angoisse. On ne ressort pas de là intact, et le malaise persiste longtemps.

Pourquoi aller voir ce film ?

- pour Tilda Swinton, sublime, magistrale en mère dépassée par ce fils haineux, et toute emplie de culpabilité; une des meilleures actrices du moment; si vous ne l'avez pas encore vu, procurez-vous "Amore" sorti en 2010; où elle joue le rôle d'une grande bourgeoise milanaise, qui tombe folle amoureuse d'un cuisinier, ami de son fils. 

- pour la révélation d'un jeune comédien de 18 ans, Ezra Miller.

- pour la structure du film, qui utilise les flash-backs qui nous conduisent crescendo au final.

- parce que ce film est captivant de bout en bout, destabilisant, parce que la réalisatrice nous laisse à nos questionnements, ne donnant pas d'explication sur l'origine du mal qui ronge Kevin, mais le décrit avec talent, et nous prend aux tripes.

Alors bon film, mais attention, beaucoup de violence, univers froid rempli de haine; moi j'adore l'actrice, et elle est franchement à la fois inclassable, capable de tout jouer, distante, racée, belle, et elle se donne à fond dans ses rôles.