Firmin

Autobiographie d'un grignoteur de livres

C'est un peu par hasard que j'ai choisi ce livre chez mon libraire préféré, je n'en connaissais pas l'auteur, mais l'idée elle-même m'a séduite : une histoire racontée par un rat, un vrai, véritable "rat de bibliothèque".

La 4ème de couverture nous dit que l'auteur, né en 1941, s'est mis à écrire seulement en 2006, après un doctorat de philosophie à Yale, et quelques métiers improbables, tel que mécanicien pour vélos, charpentier, pêcheur ou imprimeur. "Firmin" est son premier roman, traduit dans le monde entier et ayant obtenu un immense succès.

Quand je feuillette un nouveau livre, je lis les 1ères phrases, pour évaluer le style, l'expression, et là j'ai tout de suite accroché :

J'avais toujours imaginé que si, d'aventure, j'écrivais un jour l'histoire de ma vie, la première phrase en serait saisissante : quelque chose de lyrique à la Nabokov, "Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins" ou de radical à la Tolstoï au cas où le lyrisme me ferait défaut, "Les familles heureuses se ressemblent toutes, les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon". Les gens se rappellent ces mots, même quand ils ont tout oublié du livre qui va avec.

Firmin est donc un rat érudit qui vit dans les sous-sols d'une librairie de Scollay Square à Boston, "vieux quartier en péril du Boston des années 1960". La trouvaille de ce livre, c'est qu'il est écrit à la 1ère personne; c'est donc Firmin qui nous raconte sa vie, et nous fait découvrir le quotidien de la librairie, de sa famille nombreuse, du quartier en pleine mutation. La nuit, Firmin envahit la librairie et lit tous les livres qui lui tombent sour le nez. Il est insatiable, plein d'appétit pour les mots, amateur de nourritures spirituelles tout autant que terrestres. Comme il ne peut échanger avec personne, puisque lui seul est doué de ce don de lecture et de compréhension, il voit avec désespoir s'effondrer tout son monde, la librairie qui perd ses clients, concurrencée par les grandes surfaces; le quartier où il a ses habitudes, livré à la voracité des promoteurs; la disparition inéluctable de ses semblables, soit par accident ou par destruction humaine. Mais sa rencontre avec un écrivain marginal va le sauver de la déliquescence qui l'entoure. A sa façon, Firmin résiste à la haine des humains à son égard, à l'exclusion, aidé en cela par la littérature, qui le console quand il a le cafard.

Mon avis :

Un mot : merveilleux; j'ai eu besoin de quelques pages pour oublier que Firmin était un rat, et puis j'ai tout oublié, je me suis attachée à cet animal cultivé et réfléchi, intelligent et drôle; je suis vraiment rentré dans sa vie, et j'ai dévoré ce livre en quelques jours.

Voilà ce qu'en dit l'éditeur : "Ce livre est un superbe hommage aux valeurs de l'écrit et aux singularités de toutes espèces. L'aventure de Firmin est aussi un fabuleux trait d'union entre littérature, exclusion et résistance".

Vous avez compris mon message : Lisez-le.