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Très jolie découverte que ce livre d'Helen Simonson qui nous invite au coeur d'un petit village du Sussex, pétri de conventions et de traditions typiquement british. Seul le Major élégant et plein d'humour, fidèle à ses valeurs,  nous donne une leçon de tolérance et d'amour, mais aussi de résistance face aux sarcasmes et au qu'en dira-t-on des âmes bien pensantes d'Edgecombe Saint Mary.

Voilà l'histoire :

Le Major Pettigrew, veuf et retraité du Régiment du Royal Sussex ayant servi en Inde, vient d'apprendre la disparition de son frère Bertie. Cette nouvelle le plonge dans un profond désarroi, il est désormais le dernier survivant de la famille; seul lui reste son fils Roger, trader à la City, personnage ambitieux et dénué de tendresse, qui ne peut être d'aucun secours aux moments de tristesse de son père.

Heureusement Ernest Pettigrew a son jardin, ses roses, les parties de golf avec les amis masculins du village, les tea-time chez ses amies, la lecture et en particulier Kipling pour qui il a une fervente admiration, et .....Madame Ali, veuve elle aussi, qui tient la petite épicerie du village. Madame Ali est pakistanaise, très jolie, et elle aussi aime la lecture. A la mort du frère d'Ernest, ces deux-là se rapprochent et une amitié naît entre eux.

La bonne société du village, de même que Roger, le fils du Major,  ne voient pas d'un très bon oeil cette relation "hors norme" dans ce milieu ultra-conventionnel, le Major étant perçu comme une "proie" pour les dames patronnesses du village qui voudraient le voir épouser l'une d'entre elles, célibataire.

Les difficultés commencent; leur amitié naissante va devoir affronter les préjugés mesquins des villageois, le racisme quotidien, les paroles murmurées sur son passage, les regards assassins. Tout s'enflamme quand leur famille respective se mêle de l'affaire et veut régenter leur vie, et leur façon de se comporter.....

Ce que j'en pense :

J'ai énormément aimé l'atmosphère typiquement british qui se dégage de ce roman, la description de la campagne anglaise comme si on était, les traditions agréables comme le thé de 17h....

C'est une histoire touchante et improbable, au charme désuet, dépeinte avec vérité, tendresse et humour. Ce n'est pas seulement une histoire d'amour, mais aussi une réflexion sur la société anglaise contemporaine, engluée dans ses traditions, son passé révolu de puissance économique et coloniale. Cet aspect de la société s'oppose au modernisme de l'autre Angleterre, représentée par Roger et le neveu de Madame Ali.

C'est aussi une réflexion sur le temps qui passe, la vieillesse et la solitude. Au travers de l'histoire d'Amina et d'Ernest, Helen Simonson aborde les thèmes de l'intégration, de la jalousie, des préjugés, du racisme, du poids des traditions. Le personnage de Madame Ali montre bien les difficultés qu'ont les femmes musulmanes et veuves pour trouver leur place dans la société.

C'est un livre plein d'humour, d'optimisme et de petits bonheurs; l'auteur fait montre d'un vrai talent pour décrire ce microcosme d'un village où tout le monde sait tout sur tout le monde, où les rideaux des fenêtres ne servent qu'à se dissimuler pour espionner ce qui se passe chez le voisin, où certains décident de qui il est bon d'être l'ami, et qui l'on doit inviter pour ne pas donner à médire.

Voici quelques citations qui donnent beaucoup de piment et de tendresse au roman :

- " l'espèce humaine est partout la même dès lors qu'il s'agit des relations de coeur (....) une absence saisissante de maîtrise des pulsions, associée à une totale myopie..."

-"De nos jours, les hommes attendent de leur femme qu'elle soit aussi époustouflante que leur maîtresse.!! - C'est atroce ! Comment donc les distingueront-ils l'une de l'autre ?"

-"Je crois fermement qu'il existe encore quelques rares individus qui continuent de croire en l'Angleterre de Kipling. Malheureusement, nous sommes une poignée de reliques poussiéreuses."

-"Attention, attention, la passion c'est bien beau, mais il ne faudrait pas qu'elle renverse le thé ..."

-"Et depuis quand comptes-tu des épicières parmi tes amies ? Tu es devenu copain comme cochon avec le laitier maintenant ?"

 Bonne lecture !