Reality

Le synopsis : 

Au coeur de Naples, Luciano est un chef de famille exubérant qui exerce ses talents de bonimenteur et de comique devant les clients de sa poissonnerie et sa nombreuse tribu.
Un jour, poussé par ses enfants, il participe sans trop y croire au casting d’une émission de télé-réalité. Il réussit même à passer un casting à Rome, dans les célèbres studios de cinéma Cinécitta :

« Je me sens enfin bien ! » dira-t-il.

Dès cet instant, sa vie entière bascule, déformée par le prisme de la téléréalité : plus rien ne compte désormais, ni sa famille, ni ses amis, ni son travail ni même la petite arnaque imaginée par Maria, son épouse, qui améliorait un peu leur ordinaire.

Le rêve de devenir une personnalité médiatique modifie radicalement son destin et celui de tout son entourage.

Luciano se croit déjà en haut de l’affiche, il rompt totalement avec la réalité qui l’entoure et finit par perdre les pédales : il vend sa poissonnerie, distribue ses meubles, abandonne sa famille, et ne vit que pour son rêve de devenir une célébrité de la télévision : 

« On sera riche ! Fini les problèmes ! »

- Ce que j'en pense :

Grand Prix du Jury au Festival de Cannes en mai 2012, "Reality était le seul film italien en compétition.
Dans une interview, Matteo Garrone se défend d'avoir voulu faire un pamphlet sur la téléréalité. Il avoue avoir réalisé un film sur le rêve : l'histoire d'un homme qui n'arrive plus à faire la différence entre son monde imaginaire et la réalité".

Malgré les dires du réalisateur, j'y ai vu une critique acerbe de la société italienne moderne, cette Italie post-berlusconienne obnubilée par le pouvoir de l'image, pouvoir qui peut conduire au pire, voire à la folie d'une société naïve et inculte.

J'ai parfois trouvé à ce film des accents felliniens, surtout dans la peinture des personnages qui gravitent autour de Luciano : bruyants, hableurs, naïfs, populaires, drôles, aimant la fête.

Toutefois, j'ai trouvé certains plans un peu longs, et paradoxalement, le film se termine subitement, et je suis restée perplexe devant cette fin très abrupte.

Pour finir, je ne trouve pas que le film ait mérité toutes les critiques négatives qu'on lui a faites; c'est une véritable comédie à l'italienne, pleine de gouaille et de gaîté, légère plutôt que drôle. De plus il y a de très beaux plans sur la ville de Naples elle-même, sur ce quartier populaire en particulier, sur les palais décatis, les petits marchands, la vie quotidienne, les croyances.

Un petit plus sur l'acteur principal, Aniello Arena :

Lors du tournage du film, Aniello Arena purgeait une peine de 20 ans de prison pour assassinat (un braquage qui a mal tourné); il en était à sa 19ème année de détention. Tous les soirs, il devait rentrer en prison, au lieu d'aller à l'hôtel.

En prison, Aniello a appris la comédie, a joué Shakespeare et Brecht, et fait maintenant partie d'une troupe de théâtre : la Compania della Fortezza; c'est dans cette troupe que Garrone est allé le chercher.

Clin d'oeil : )

J'ai vu le film en VO, mais ne vous attendez pas à entendre de l'Italien pur et parfait; tous les acteurs parlent le napolitain et c'est absolument incompréhensible. Vive les sous-titres !